Bilan de ce voyage

Et oui déjà : voilà le temps de notre retour d’expérience… à chaud tout du moins ! Nous écrivons ces lignes dans le train du retour vers Rennes !

Les chiffres clés du voyage

icone calendrier

128 jours de voyage
dont environ 5 jours passés dans les transports

7 pays traversés (Italie, Slovénie, Croatie, Hongrie, Rép. Tchèque, Allemagne, Suède)

31 logements
(une moyenne d’un logement tous les six jours environ)

Environ 250 kg
de CO2/personne
(ce qui équivaut à environ 1149 km seul.e en voiture thermique)

Environ 10 300 km parcourus en transport

Icone de train

20 trajets de train (environ 6120 km)

22 trajets de car/bus (environ 3000 km)

5 trajets en ferry (environ 286 km)

1 voiture louée
(527 km)

Environ 1500 km parcourus à pied (12 km par jour en moyenne)

Mais aussi :

Le bilan financier

Quelles ont été nos dépenses ?

Au total, ce voyage nous aura coûté 16 200 €, soit environ 8 100 € par personne pour 128 jours, ce qui revient à une moyenne de 63 € par jour et par personne.

Bilan financier

Un peu plus de la moitié du budget a été consacrée aux hébergements (7 985 €). Viennent ensuite la nourriture, courses et restaurants (3 379 €), puis les transports (2 939 €). Nous avons fait très peu d’activités payantes et peu de sorties dans les bars en privilégiant les apéros directement à l’hébergement. Ces deux postes de dépenses peuvent monter vite si on garde le même rythme que lors de vacances courtes. A noter également que plus on est restées longtemps dans le pays (et dans les hébergements), plus le coût par jour a diminué.

Ce bilan financier correspond globalement à ce que nous avions envisagé. Nous avions prévu une marge de sécurité, sachant que certaines étapes seraient coûteuses (Venise, Berlin, la Suède dans son ensemble…). Pour voyager avec un budget plus réduit, il aurait fallu faire d’autres choix : logements partagés, camping, ou encore des alternatives comme le woofing.

Nous avons pu privilégier un peu plus de confort et limiter la fatigue, et nous ne le regrettons pas. Cela nous a permis de travailler plus facilement, de faire nos lessives dans les hébergements, de cuisiner régulièrement nos repas – autant d’éléments qui comptent sur quatre mois de voyage.

Quelles ont été nos recettes ?

Nous avons pu compter aussi sur des recettes durant le séjour, provenant à la fois de la location de notre appartement principal durant quelques mois et d’une partie de notre activité professionnelle que nous avons pu conserver à distance. Grâce à ces deux éléments, le coût réel du voyage est finalement revenu à environ 3 000 € par personne.

Nous avons conscience qu’un budget de 16 000 euros n’est pas à la portée de tous. Si nous avons voyagé ainsi, c’est que nous en avons aujourd’hui les moyens. A 20 ans, nous aurions choisi une autre manière de voyager, plus « roots« , avec plus de débrouille et moins de confort.

Notre sensation générale

C’était notre premier voyage d’une telle durée et nous ne savions pas l’effet que cela aurait sur nous. Et c’est un grand Ouiiii pour nous deux ! Nous avons kiffé ce voyage et, à chaud, il nous donne déjà plein d’envies de nouvelles aventures ferroviaires !

Un des premiers constats qui nous vient est que ce voyage nous a semblé très fluide, bien plus que ce que nous avions imaginé au départ. Cela nous semble dû à la fois à l’itinéraire préparé mais aussi aux transports. En revanche, maintenir notre mode de vie plus écologique sur d’autres aspects (alimentation, gestion des déchets) a été plus compliqué. Regardons cela d’un peu plus près !

L’itinéraire lors d’un voyage au long cours

Inévitablement, un voyage au long cours diffère d’une organisation de vacances classiques de 15 jours.

La planification de nos étapes à l’avance : bonne ou mauvaise idée ?

Avec le recul, nous ne changerions pas grand-chose à la manière dont nous avons préparé ce périple.

Avoir planifié nos étapes à l’avance s’est révélé précieux, tant pour une question de budget (contrairement à d’autres destinations comme l’Asie par exemple, les hébergements économiques en Europe sont rarement disponibles à la dernière minute) que pour soulager notre charge mentale. Voyager implique déjà pas mal de logistique (transports, visites, bagages…), alors ne pas avoir à choisir la destination suivante au jour le jour a été un vrai confort.

Nous avions bien réfléchi à nos besoins en amont, et nous avons trouvé que nos étapes étaient globalement équilibrées, en termes de durée et de diversité. Seule exception : nous aurions peut-être enlevé un jour à Göteborg pour le rajouter à l’étape suivante. Pour le reste, même si nous étions parfois tristes de partir, nous avons toujours eu le sentiment de profiter pleinement, et d’être à chaque fois stimulées par la nouveauté de l’étape suivante.

Quel rythme pour ce voyage ?

Cela dit, on ne mesure pas toujours à quel point changer fréquemment d’hébergement peut être fatigant. Heureusement, nous avions prévu plusieurs étapes d’une semaine, et n’avons accéléré le rythme qu’en Suède, car nous savions que la fin du voyage approchait. Pour nous, l’équilibre idéal est d’avoir la plupart des destinations avec a minima 4/5 nuits à 1 semaine sur place, pour pouvoir réellement se poser.

Et même si nous ressentons une certaine nostalgie, nous sommes contentes d’avoir opté pour 4 mois de voyage, plutôt que les 6 initialement envisagés. Nous avons ressenti le besoin de ralentir, de nous poser, de fixer nos souvenirs. Il y avait aussi un risque de banalisation : à force d’accumuler les expériences, on finit par moins les savourer. Le retour à la maison permet aussi de redonner tout son sens au voyage, par contraste.

C’est un vrai enseignement : ce type de voyage nous a donné envie de repartir mais nous viserons plutôt des durées d’un à trois mois. À cette échelle, nous avons l’impression de pouvoir vraiment savourer chaque moment.

Écologie en voyage : ce qui a marché, ce qui a été plus difficile

Notre bilan concernant la mobilité

Ce voyage nous a montré qu’il est tout à fait faisable de relier facilement des destinations internationales (ex : un séjour en Suède) en transports en commun, même sur de plus courtes périodes de congés. Et, quand on compare le bilan carbone, il n’y a pas photo : l’ensemble de notre voyage correspond à un aller simple Rennes-Turin en avion ou à un aller-retour Rennes-Zagreb en covoiturage à deux.

Sur 42 trajets dans 7 pays différents, on s’attendait aussi à plus de déboires/péripéties (quelques craintes avec la DB en Allemagne ;)). Le fait d’être à l’aise avec les applications mobiles nous a clairement facilité les choses. Et finalement, nous n’avons connu que deux annulations de transport :

Quelques retards sont venus ponctuer notre parcours, mais toujours dans des proportions raisonnables (quelques minutes en général et une ou deux-fois jusqu’à deux heures). Nous avons toujours pu assurer nos correspondances à temps, même si cela nous a parfois valu quelques sprints en Suède !

Dans l’ensemble, trains et bus se sont révélés confortables, avec une préférence marquée pour le train : sièges spacieux, accès au wifi, prises électriques… Pour les bus, seul bémol : l’accès aux toilettes, parfois verrouillées par les chauffeurs, obligeant à attendre les arrêts programmés, voire à en solliciter spécifiquement.

Repenser notre rapport au temps

Voyager en transports en commun invite à repenser notre rapport au temps et à nos rythmes de vie. On s’adapte vite : un trajet de 4h devient une norme agréable, propice à d’autres activités (travail, repos, lecture, écriture…). Et, sans voiture, on profite davantage des lieux. On explore à pied, on prend le temps, on vit le moment présent sans chercher à « rentabiliser » en accumulant les étapes et la fatigue de la route.

On se rend compte que plus on prend nos distances avec la voiture, moins on a envie d’y revenir. Et plus on est sensibles aux problèmes qu’entraîne son usage intensif dans nos sociétés modernes, au-delà du réchauffement climatique : pollution, bruit, encombrement des rues/routes… Un peu comme les anciens fumeurs, qui supportent de moins en moins la cigarette ! 😉

Marcher quotidiennement, sur une longue durée, s’est révélé une expérience en soi. Moins d’écrans, plus de nature, plus d’attention aux sensations… un rythme adapté à notre corps humain quoi ! Notre sédentarité moderne nous apparaît encore plus comme une vraie anomalie. Il y aurait, à coup sûr, des économies de santé à la clé.

Notre bilan sur les autres aspects (alimentation, déchets, hébergements…)

Le choix des destinations a un impact important sur la capacité à adopter un mode de vie plus écologique en voyage. Tout dépend du niveau d’avancement des pays sur ces enjeux.

L’alimentation

Sans surprise, il est plus facile de maintenir une alimentation biologique et végétarienne (ou vegan) dans des pays comme la Suède, l’Allemagne ou dans les grandes villes. Nous avons légèrement réduit notre consommation végétarienne par rapport à notre quotidien. Cela nous a permis d’avoir davantage d’options en termes de protéines dans certaines régions, et de profiter de plats locaux parfois attrayants, notamment des spécialités à base de poisson en Slovénie et en Croatie. Même si ce n’était jamais en grande quantité, nous étions plutôt à environ 70 % de repas végétariens ou végans, contre 80 % habituellement à la maison. Durant notre voyage, il nous a été plus difficile que dans notre quotidien de rester attentifs à l’origine locale des produits, faute de bien connaître les circuits de distribution et face à un choix plus restreint. Nous avons essayé, lorsque cela était possible, de privilégier les producteurs qui paraissaient locaux sur les marchés, ou à défaut d’opter pour des produits au moins issus du pays dans les supermarchés. Toutefois, cela n’était pas toujours compatible avec une alimentation biologique.

Gestion des déchets

Concernant la gestion des déchets, il nous a été plus difficile de les réduire à la source. Nos gourdes, boîtes inox, sacs en tissu et notre glacière nous ont été très utiles, mais nous avons croisé peu de magasins de vrac sur notre route. Malgré notre vigilance, nous avons produit davantage de déchets plastiques qu’à l’accoutumée, d’autant plus que nous cuisinions moins de préparations longues (pâtisseries maison, etc.). Les cuisines mises à disposition étaient souvent peu adaptées à cela et transporter de nombreux produits d’une étape à l’autre restait compliqué.

Heureusement, de nombreux lieux disposaient de systèmes efficaces de tri sélectif et de compostage. Particulièrement en Slovénie, en Allemagne, et dans une certaine mesure en Suède, où les déchets sont souvent valorisés sous forme de biogaz.

L’hébergement

Enfin, l’hébergement reste l’un des leviers les plus impactant. Il est clairement plus écologique de privilégier des séjours plus longs dans un même lieu, et de porter attention à la taille et à la qualité du logement (notamment l’isolation, qui peut être mentionnée dans les avis/commentaires).

Et à l’avenir ?

Comme indiqué, ce périple n’a fait que renforcer notre motivation à voyager et à nous déplacer au quotidien autrement. Il a été, une nouvelle fois, enthousiasmant de se rendre compte à quel point bousculer un peu nos manières de fonctionner et nos habitudes, peut générer de l’inventivité, un sentiment de liberté, d’alignement et…beaucoup de joie.

Néanmoins, plus nous avançons et nous inventons d’autres fonctionnements, plus nous nous éloignons des schémas dominants et plus le mode de vie majoritaire existant nous paraît « hors sol » et un non sens. Ce décalage est d’autant plus difficile à vivre actuellement dans un contexte politique et économique qui semble s’accrocher à un système à bout de souffle, tout en freinant toute transformation profonde et nécessaire.

Ce voyage alimente donc nos interrogations : serons-nous libres demain de choisir des modes de déplacement, et plus largement des modes de vie, à la fois écologiques, bénéfiques pour notre santé, et alignés avec nos valeurs ?

Prenons simplement l’exemple de la mobilité : le sous-investissement chronique dans le ferroviaire en France, ou les écarts de fiscalité entre le train et l’avion, posent clairement question. Et que dire du fait qu’une activité physique aussi basique et bénéfique que le vélo ou la course à pied deviendra de plus en plus risquée, notamment lors des périodes de forte chaleur ou de pollution ? D’après plusieurs projections, faire du sport en plein air pourrait être compromis plusieurs semaines, voire plusieurs mois par an d’ici 2050.

Ces constats et cette expérience nous renforcent dans la nécessité de nous battre, individuellement et collectivement, pour nos libertés fondamentales : celle de vivre et de se mouvoir dans un environnement sûr, sain et respectueux de soi, des autres, et du vivant.