Mais…pourquoi on en fait des tonnes ?

Parce qu’un français moyen émet 9 à 10 tonnes de CO2 équivalent par an et les déplacements privés représentent un quart de ses émissions, soit environ 2,5 T de CO2 équivalent/an (1,7 T la voiture, 0,4 T l’avion*) .
Pas anodin quand on sait que pour rester sous la barre des 2°C de réchauffement climatique, il faudrait que chacun.e émette moins de 2 tonnes de CO2 équivalent/an pour l’ENSEMBLE de notre mode de vie (alimentation, achat, déplacement…).
Pour calculer son empreinte carbone en fonction du type de transport, des calculateurs existent en ligne comme celui de l’ADEME : https://impactco2.fr/outils/transport
Comme rien ne sert de se cacher la tête sous l’oreiller, mieux vaut chercher des pistes et agir pour garder le plaisir du voyage tout en trouvant des alternatives viables.

L’avion, un problème qui prend de l’altitude

Certains vous diront qu’entre 2 et 4 %* du réchauffement total aujourd’hui on ne va pas en faire un plat… sauf que l’aviation redécolle (littéralement!) post-covid et les perspectives se renforcent sur les marchés émergents. Selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), le nombre de passagers devrait atteindre 5,2 milliards en 2025, dépassant ainsi pour la première fois la barre des 5 milliards. Cette progression représente une augmentation de 6,7% par rapport à 2024.

Pas si « anodin » si on continue de valoriser et de normaliser de plus en plus cette pratique dans nos quotidiens ! Un petit article écrit par bon pote en 2024 : https://bonpote.com/10-chiffres-a-connaitre-sur-lavion-et-le-climat/
Au regard de son impact, l’avion serait plutôt une expérience à savourer.

La voiture, une habitude à dépasser

Même une voiture électrique moyenne gamme, amortie sur 30 ans (on en est loin) et qui ne ferait uniquement que 5000 km/an émettrait 0,6 T de CO2* équivalent par an avec le système énergétique français (ce qui est toujours mieux que son équivalent thermique qui émettrait 1,1 t * CO2e/an).

La voiture électrique en France fait donc partie des perspectives (et tant mieux pour notre qualité de l’air), encore faut il que ce soit des petits véhicules, qui durent longtemps avec un usage raisonné et dans un parc de véhicules plus restreint que ce qui existe aujourd’hui.

Avec ces chiffres en tête, on constate qu’agir pour un monde plus vivable, nécessite de renverser la donne actuelle, c’est à dire faire en sorte qu’utiliser sa voiture seul.e ne soit plus la norme et que, comme l’avion, on la réserve pour des contextes sans alternative viable.

Notre action compte d’autant plus…

Oui, le train reste cher et l’avion largement sous-taxé.
C’est un fait : notre société a été pensée pour le modèle thermique. Il suffit de comparer l’immensité de notre réseau routier à celle des pistes cyclables ou des lignes ferroviaires. Les financements — qu’ils viennent des banques ou des États — continuent de soutenir massivement ce modèle, souvent au détriment des alternatives plus durables.

Comme le dit Corinne Morel Darleux : « La dignité du présent, c’est se dire que quand on s’engage, ce n’est pas parce qu’on est sûr de gagner, mais parce que c’est la chose juste à faire, là, maintenant. » Être debout, digne, au bon endroit, au bon moment.

Et pourtant, malgré les risques immenses pour les populations et les écosystèmes, ceux qui profitent le plus de ce système n’ont aucun intérêt à en changer les règles. Ils dépensent des sommes considérables à savonner la planche (voire à effacer la science…).

C’est profondément injuste : nous n’avons pas vraiment participé à l’élaboration des règles actuelles, et rien n’est fait pour rendre les choix les plus durables simples ou accessibles. Mais il nous reste des leviers : notre pouvoir de consommateur (au travers nos priorités d’achats) — souvent le plus entendu — notre voix de citoyen, notre capacité à interpeller, à voter, à défendre nos intérêts.

Il est possible d’agir, individuellement et collectivement, pour exiger des transformations profondes et accompagner les secteurs dans leur transition écologique

Chacun.e à sa mesure vers une multimodalité responsable

Vivre en ville ou à la campagne, gagner 1 500 ou 3 000 euros par mois, travailler de jour ou de nuit : nos conditions de vie influencent forcément notre marge de manœuvre. L’essentiel, c’est de faire sa part. Pas besoin d’être parfait, mais de progresser avec lucidité et engagement.

Ce qui ressort des recherches en sciences humaines et sociales : avec environ 25-30% de population engagée qui agit et influe dans le sens souhaité, il est possible de provoquer des points de bascules et de modifier les normes sociales**.

En France, au moins 30 % des citoyens disposent factuellement d’un pouvoir d’action facilité : capacité à orienter leur argent, à pouvoir s’organiser pour dégager du temps, pour adapter leur activité de travail et/ou leur mode de transport.

C’est à cette partie de la population que s’adresse le voyage tel qu’on le présente. Celle qui a les moyens de s’engager plus facilement et qui peut inspirer les changements à venir. En montrant la voie, elle peut influencer les décideurs publics et économiques et rendre le changement plus accessible pour toutes et tous.

* données issues de l’atelier nos vies bas carbone
**étude expérimentale menée par Damon Centola et ses collègues, publiée en 2018 dans la revue Science– Ces résultats ont été confirmés par des analyses ultérieures, notamment une étude de 2023 qui a observé que ce point de bascule peut plus globalement se situer entre 10 % et 45 % de la population, avec une probabilité accrue de changement social lorsque ce seuil est atteint.